23 ans après, Michou (Patrick Timsit) est toujours pertinent

 

Après les élections départementales, les éditorialistes ont péroré sur tous les tons pour expliquer le score du FN ; mais finalement, aucune analyse n’est plus pertinente que celle de Michou, le personnage joué par Patrick Timsit dans la Crise (1992). 23 ans après, rien ne semble avoir changé, et si c’était là qu’il faille chercher les raisons de la montée du front.

La Vénus à la fourrure. Electrique !

la vénus 3 - crédit fabienne rappeneau

C’est sûr ! C’est plus fort que de l’électricité statique ! En se frottant et s‘affrontant Thomas (Nicolas Briançon) et Vanda (Marie Gillain) électrisent la scène. Et quand on quitte le théâtre, c’est encore secoué comme après une forte décharge, ressentant toujours la tension de l’air.

piecegalerie2405image710x0La force de Marie Gillain s’impose, son énergie nous traverse (preuve que l’atmosphère du Théâtre Tristan Bernard et le parti pris d’une mise en scène très proche du public fonctionnent comme un bon conducteur). Drôle, irrévérencieuse, gouailleuse, aussi sexy en porte-jarretelles qu’enrubannée dans sa bâche plastique, sa présence est un électro-choc capable de réanimer n’importe quels corps inertes. Difficile d’imaginer plus parfaite Vénus !

Quant à Nicolas Briançon (acteur et metteur en scène de théâtre, qui incarne également le commissaire Herville dans la série Engrenages), il excelle dans l’ambivalence ou l’ambiguïté (on ne sait plus trop) de son personnage. Le metteur en scène directif, sûr de son art, condescendant avec les actrices, va tenter de résister à Vanda qui l’entraîne dans les tréfonds de son texte, de sa pièce, et de ses pulsions jusqu’à révéler « cet homme tabouret vivant sous les pieds de cette femme »

A VOIR

Au théâtre Tristan Bernard jusqu’au 18 avril

Une pièce de David IVES avec Marie GILLAIN et Nicolas BRIANÇON

Mise en scène : Jérémie LIPPMANN assisté de Aurélie BOUIX / Adaptation : Anne-Elisabeth BLATEAU

Réviser ses figures de styles avec Bernard Blier et Michel Audiard

L’ambition culturelle du cinéma Français, sa capacité à hisser le spectateur au dessus de sa condition, à conduire l’OS de chez Renault sur les traces de Monsieur de Vaugelas, voilà Michel Audiard !

Chaque occasion est bonne pour livrer cette mission civilisatrice. C’est pourquoi, même en plein conseil de guerre, il n’hésite pas à nous faire la leçon sur la différence entre métaphore et périphrase.

Faut-pas prendre les enfants du bons Dieu pour des canards sauvages, de Michel Audiard.

L’ordinateur du Paradis, de Benoît Duteurtre

duteurtre-2781000-jpg_2412277_652x284Le Paradis, c’est beau comme un open-space, lumineux comme une aérogare et agencé comme les meilleurs des centres d’affaires. Tout y est parfaitement rationalisé et séquencé ; avoir l’Éternité devant soi n’autorise pas à perdre une seconde.

Fini les longs tunnels sombres et la lumière enveloppante, tout cela faisait terriblement ringard. Un grand plan de modernisation a permis de « repenser » les procédures d’admission au Paradis et de renforcer son « adaptabilité » à ses nouveaux publics.

En l’absence de Dieu, le don d’ubiquité a été avantageusement remplacé par le « cloud ». Ce nuage virtuel, dans lequel s’agglomèrent nos communications, nos mails et nos historiques de navigation, fournit à Saint-Pierre et à ses agents toutes les informations nécessaires pour instruire « le jugement dernier » de chaque nouvel arrivant au « Royaume de cieux ».

Ces derniers sont d’ailleurs mieux préparés à la vie éternelle qu’auparavant, car celle-ci répond désormais aux règles imposées à l’Humanité depuis plusieurs décennies par les mouvements féministes qui « en tant que femmes » traquent et font tomber nos archaïsmes, par les avocats de la transparence qui réussissent à nous convaincre que celui qui n’a rien à se reprocher n’a rien non plus à cacher, par les spécialistes du marketing qui guident nos choix et les hissent vers ce qu’il y a de meilleur pour nous et notre santé, et par les architectes de centres commerciaux qui parviennent à agencer dans un même espace la satisfaction totale de nos désirs et de nos besoins.

Ces hérauts du Progrès nous permettent ainsi de progresser sur terre et de nous préparer à l’Après en nous offrant un avant-goût du Paradis.

Si tant de bonheur, de pureté et de bons sentiments vous terrifient, je vous conseille le très bon livre de Benoît Duteurtre, l’ordinateur de Paradis. Leur Paradis, sur terre comme au ciel, est un enfer.

L’ordinateur du Paradis, de Benoît Duteurtre, Gallimard, juin 2014, 17,5 euros