L’ordinateur du Paradis, de Benoît Duteurtre

duteurtre-2781000-jpg_2412277_652x284Le Paradis, c’est beau comme un open-space, lumineux comme une aérogare et agencé comme les meilleurs des centres d’affaires. Tout y est parfaitement rationalisé et séquencé ; avoir l’Éternité devant soi n’autorise pas à perdre une seconde.

Fini les longs tunnels sombres et la lumière enveloppante, tout cela faisait terriblement ringard. Un grand plan de modernisation a permis de « repenser » les procédures d’admission au Paradis et de renforcer son « adaptabilité » à ses nouveaux publics.

En l’absence de Dieu, le don d’ubiquité a été avantageusement remplacé par le « cloud ». Ce nuage virtuel, dans lequel s’agglomèrent nos communications, nos mails et nos historiques de navigation, fournit à Saint-Pierre et à ses agents toutes les informations nécessaires pour instruire « le jugement dernier » de chaque nouvel arrivant au « Royaume de cieux ».

Ces derniers sont d’ailleurs mieux préparés à la vie éternelle qu’auparavant, car celle-ci répond désormais aux règles imposées à l’Humanité depuis plusieurs décennies par les mouvements féministes qui « en tant que femmes » traquent et font tomber nos archaïsmes, par les avocats de la transparence qui réussissent à nous convaincre que celui qui n’a rien à se reprocher n’a rien non plus à cacher, par les spécialistes du marketing qui guident nos choix et les hissent vers ce qu’il y a de meilleur pour nous et notre santé, et par les architectes de centres commerciaux qui parviennent à agencer dans un même espace la satisfaction totale de nos désirs et de nos besoins.

Ces hérauts du Progrès nous permettent ainsi de progresser sur terre et de nous préparer à l’Après en nous offrant un avant-goût du Paradis.

Si tant de bonheur, de pureté et de bons sentiments vous terrifient, je vous conseille le très bon livre de Benoît Duteurtre, l’ordinateur de Paradis. Leur Paradis, sur terre comme au ciel, est un enfer.

L’ordinateur du Paradis, de Benoît Duteurtre, Gallimard, juin 2014, 17,5 euros

Christian Authier est bien « de chez nous » !

Authier

Dans la vie comme dans les livres, il arrive de croiser des personnes que l’on ne connaît pas, mais que l’on reconnaît immédiatement car ils font partie « de chez nous ».

Leurs coups de cœur, leurs regrets et leurs regards résonnent en nous comme un écho. Quelque chose de familier, une connivence font qu’ils en sont.

Dans son dernier livre, Christian Authier dessine les contours de son « chez nous ». Il nous invite à entrer, nous faisant découvrir, au fil des pages, les personnages, les auteurs, les amis, les plaisirs et les sentiments qui bornent cette géographie imaginaire.

Une fois à l’intérieur, on s’y sent bien, comme chez un ami attentionné qui brûle de vous intégrer dans sa « bande ». Du cinéma de Melville au Champagne d’Anselme Selosse en passant par des auteurs comme Bernard Chapuis ou Eric Tellenne, il fait les présentations.

Certaines de ces rencontres donnent vraiment envie de faire mieux connaissance et, par exemples, de découvrir les livres de Guillaume Clémentine ou de goûter aux vins d’Eric Callcut.

Nul besoin de partager toutes les indignations de Cédric Authier pour savoir que désormais lui aussi est « de chez nous. »

« De chez nous » de Cédric Authier, éditions Stock, septembre 2014, 170 p., 17,5 euros