Christian Authier est bien « de chez nous » !

Authier

Dans la vie comme dans les livres, il arrive de croiser des personnes que l’on ne connaît pas, mais que l’on reconnaît immédiatement car ils font partie « de chez nous ».

Leurs coups de cœur, leurs regrets et leurs regards résonnent en nous comme un écho. Quelque chose de familier, une connivence font qu’ils en sont.

Dans son dernier livre, Christian Authier dessine les contours de son « chez nous ». Il nous invite à entrer, nous faisant découvrir, au fil des pages, les personnages, les auteurs, les amis, les plaisirs et les sentiments qui bornent cette géographie imaginaire.

Une fois à l’intérieur, on s’y sent bien, comme chez un ami attentionné qui brûle de vous intégrer dans sa « bande ». Du cinéma de Melville au Champagne d’Anselme Selosse en passant par des auteurs comme Bernard Chapuis ou Eric Tellenne, il fait les présentations.

Certaines de ces rencontres donnent vraiment envie de faire mieux connaissance et, par exemples, de découvrir les livres de Guillaume Clémentine ou de goûter aux vins d’Eric Callcut.

Nul besoin de partager toutes les indignations de Cédric Authier pour savoir que désormais lui aussi est « de chez nous. »

« De chez nous » de Cédric Authier, éditions Stock, septembre 2014, 170 p., 17,5 euros

La petite poule rousse, fable socialiste

Il était une fois une petite poule rousse qui grattait le sol près de la grange, jusqu’à ce qu’elle trouve quelques grains de blé. Elle appela ses voisins et leur dit : « Si nous plantons ces grains, nous aurons du pain à manger. Qui m’aidera à les planter? »

« Pas moi », dit la vache.

« Pas moi », dit le canard.

« Pas moi », dit le cochon.

« Pas moi », dit l’oie.

«Alors, je le ferai », dit la petite poule rousse. Elle le fit. Le blé poussa et mûrit, jusqu’à devenir bien doré. « Qui m ‘aidera pour la récolte ? », demanda la petite poule rousse.

– « Pas moi », dit le canard.

– « Ce n’est pas dans mes qualifications », dit le cochon.

– «Je perdrais mon ancienneté », dit la vache.

– «Je perdrais mes allocations chômage », dit l’oie.

– «Alors je le ferai », dit la petite poule rousse, et elle le fit.

Enfin, vint le moment de cuire le pain. « Qui m’aidera à cuire le pain ? », demanda la petite poule rousse.

– « Cela m’obligerait à faire des heures supplémentaires », dit la vache.

« Je perdrais mes avantages sociaux », dit le canard.

«J’ai toujours été assisté, et je ne l’ai pas appris», dit le cochon.

« Si j’étais la seule à participer, ce serait de la discrimination sociale », dit l’oie.

« Alors, je le ferai », dit la petite poule rousse. Elle fit cinq miches de pain, et les montra à ses voisins.

Tous en voulaient et demandaient leur part- Mais la petite poule rousse leur dit : « Non, je peux les manger toute seule. »

– « Profiteuse », cria la vache.

– « Sale capitaliste », hurla le canard.

– «Je demande le respect de mes droits», ajouta l’oie.

Et le porc se contenta de grogner.

Ils peignirent le mot « Injustice » sur les banderoles et manifestèrent contre la petite poule rousse en lui criant au passage des obscénités.

Arriva un fonctionnaire qui dit à la petite poule rousse: « Tu ne dois pas être aussi cupide. »

« Mais j’ai gagné ce pain », dit la petite poule rousse.

« Exactement, dit le fonctionnaire, c’est ce qu’il y a de merveilleux avec le système de libre entreprise. Tout le monde à la ferme peut travailler et gagner autant qu’il veut. Mais selon les règles des gouvernements modernes, les plus productifs doivent partager leur production avec les paresseux.» Et ils vécurent tous heureux ensuite, y compris la petite poule rousse, qui dut dire poliment au fonctionnaire; «Je vous suis reconnaissante, je vous suis reconnaissante. » Mais ses voisins se demandèrent pourquoi elle ne fit plus jamais de pain.


Cette version de la célèbre fable enfantine a été écrite par Ronald Reagan et présentée, le 16 novembre 1976, sous le titre « La petite poule rousse des temps modernes. », à l’occasion de la chronique radio que le futur président américain a enregistré presque chaque jour entre 1975 et 1979. Ces chroniques (format 5 minutes) étaient relayées par 286 stations de radio chaque jour.

  • Extrait de Ronald Reagan, Écrits personnels, Le Rocher, 580 pages, 25 €. Valeurs Actuelles du 11 juin 2004 37